[Presse locale] Charente Libre / Charente: ils misent [et minent] sur le bitcoin


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    Charente Libre - Édition du jeudi 25 janvier 2018

    Le quotidien publie un court dossier sur une pleine page dans son édition du jour.

    Charente: ils misent sur le bitcoin

    Par Myriam Hassoun

    Extrait Patrick et Georges vivent vingt minutes l’un de l’autre, dans la campagne charentaise. Ils ne se connaissent pas, pensaient même, chacun de leur côté, être les seuls du département à «miner». C’est-à-dire participer à la sécurisation des transactions effectuées en monnaies virtuelles, ou crypto-monnaies, comme le bitcoin. Chez Patrick, trois processeurs puissants, appelés «bitminers», tournent en permanence dans la grange. Bruit et chaleur des machines, fils entre-mêlés dans la vieille bâtisse où autrefois on stockait du foin. Les processeurs, dans une petite alcôve de moins d’un mètre de long, moulinent et exécutent le plus rapidement possible des calculs destinés à valider les transactions en bitcoins. L’opération de «minage» consiste à inscrire tous les échanges réalisés en monnaie virtuelle sur la blockchain, le grand registre crypté qui sauve-garde et sécurise ce système sans banque et sans autorité centrale. «Je fais ça d’abord pour me tenir au courant de cette pratique, à titre professionnel», dit Patrick, informaticien à son compte. C’est aussi, promet-il, intéressant financièrement Les mineurs, contre leur participation à la sécurisation du système, sont rémunérés par les frais prélevés sur les transactions. À ce père de famille de 45 ans, le minage rapporte environ 15 € par jour, soit 0,0012 bitcoins. Pour un investissement, avec un copain, d’environ 500 € dans l’acquisition des «bitminers» d’occasion. Rien de comparable avec les fortunes gagnées dans les «fermes» de minage où tournent des centaines de processeurs, comme en Islande. Mais un petit pécule quand même. Patrick n’a jamais rien acheté en bitcoins, il ne convertit pas non plus sa monnaie virtuelle en euros. « J’attends que le cours atteigne les 100 000 dollars et la, j’aviserai. » Il a en plus investi un peu d’épargne dans du bitcoin et dans d’autres cryptononnaies, le dash, le burst. «J’ai actuellement 300 € pour une mise de départ de 136 €; c’est un placement. » (…) À quelques kilomètres de la grange de Patrick, Georges, 21 ans, mine dans le bureau de son pavillon neuf. Il fait ça depuis huit mois mais s’intéresse aux crypte monnaies depuis ses études d’informatique il y a quatre ans. (…) Salarié dans l’informatique, Georges mine avec des cartes graphiques. Et participe à la sécurisation non pas du bitcoin, mais de l’ethereum, autre monnaie virtuelle, «moins vieille et donc moins compliquée à miner». Là encore, c’est rémunérateur: environ 250 € par mois, montés à 400 € cet hiver quand le cours de l’ethereum était au plus haut. Et aucun impôt prélevé sur cette somme. Georges gère son minage en bon père de famille: sur un tableur Excel, il calcule l’optimisation de son investissement dans les cartes graphiques par rapport à l’électricité consommée (environ 50 € par mois) et au cours de la monnaie. Quand il gagne de l’argent en ethereum, il en change la moitié en euro pour réinvestir. Personne dans son entourage n’est au courant de ce qu’il fait «sinon, il faudrait que je passe une heure et demie à expliquer ». Pour sa petite amie en revanche, il a écrit un texte de vulgarisation sur les cryptomonnaies et le minage afin de lui expliquer «à quoi sert le PC qui fait du bruit à la maison». Comme Georges, Patrick préfère rester discret. «On crée de la monnaie parce qu’il y a. un vide juridique sur la question, je n’ai pas envie que cela se sache.» Les deux mineurs sont persuadés que la technologie blockchain est l’avenir des transactions financières. «C’est comme ça qu’on avance: la cryptomonnaie permet à échelle mondiale de tester un système qui rend infalsifiables les données numériques, assure Patrick. Un jour, l’euro sera une cryptomonnaie.» (…) Georges en est persuadé: «Ce n’est pas une bulle spéculative. Si c’en était une, ça ne durerait pas depuis bientôt vingt ans.» Son objectif: parvenir, grâce au minage, à gagner un deuxième salaire par mois «sans rien faire.» Patrick quant à lui a trouvé un débouché inattendu aux processeurs tournant dans sa grange: «Je vais récupérer la chaleur qu’ils dégagent pour chauffer une serre.» La très haute technologie sert aussi à faire pousser des pieds de tomate. [Les prénoms ont été modifiés.](L’article) dans son édition du jour.

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